Is Quentin Tarantino a fascist ?
Ce matin, dans le Financial Times weekend, j’ai lu tout un
article sur la polémique entourant la sortie du film Django Enchained, où, si j’ai bien compris, un ancien esclave se
venge de ses propriétaires dans une effusion de violence et de sang :
En fait cet article se place dans tout un tas de
questionnements sur le cinéma de Tarantino : est-ce que Tarantino est
mysogyne ? Fasciste ? Totalement fou ? Et si nous regardons ses
films, cela fait-il de nous des fous avides de violence ?
Bon, c’est vrai, les films de Tarantino ne brillent pas par
un pacifisme apaisé. Dans Boulevard de la Mort j’ai un souvenir particulièrement cuisant de la jambe coupée de Jungle
Julia qui s’envole et retombe sur le bitume, par le choc de deux voitures.
Après, dans Reservoir dogs, il y
a la célèbre scène où Mr Blond, après quelques pas de danse, coupe l’oreille
d’un policier attaché à une chaise. D’ailleurs Tarantino commentait cette scène
(oui je regarde les making of des dvd, le dimanche soir quand je n’ai rien à
faire) en disant que le spectateur entendait la musique, regardait Michael
Madsen, bien sexy, se déhancher, on était à l’aise, tranquille, et là BAM on
est pris par surprise. S’en suit un rire dément de Tarantino.
Oui, on a donc du souci à se faire, la violence, c’est un
peu l’élément essentiel de l’univers Tarantino. D’ailleurs j’ai trouvé dans un
article de GQ France : « Pour moi, la violence est le truc le plus
enthousiasmant qu’on puisse montrer au cinéma. C’est pour ça qu’Edison l’a
inventé. » Tout un programme.
Mais la question que se posait l’article que je viens de
lire n’est pas sur la violence en elle-même, mais l’élément politique,
culturel, l’idée qui se cache derrière cette violence. Les deux derniers films
de Tarantino prennent un cadre historique : Inglorious Bastards la seconde guerre mondiale et une croisade contre
les nazis tueurs de juifs, et ici, l’Amérique de l’esclavage, des champs de
coton du Sud. Et, en gros, tuer des nazis, c’est politiquement correct, quand
des blancs par des noirs, c’est tout de même un peu raciste, car il fait partie
de la fierté des afro-américains de, justement, ne s’être pas vengés, de ne
s’être pas abaissés au niveau de leurs anciens propriétaires.
Mais ici, regarder un film de Tarantino pour son ancrage
dans l’histoire, la réalité, me paraît être un peu saugrenu. Tarantino, c’est plutôt un ado attardé boulimique de mauvais films et qui en a créé de très très bons.
Son cinéma est un acte gratuit, fondé sur son seul enthousiasme. Il fait
référence directe au cinéma, en cela Tarantino a une œuvre
méta-cinématographique, il crée une œuvre cinématographique qui parle du
cinéma. Que ça soit Kill Bill et sa référence aux films de kung-fu, ou Inglorious
bastards (Tarantino a changé seulement une
lettre au film-source, quand même !) L’histoire dans laquelle Tarantino
puise son inspiration, c'est celui montré par les westerns, les films de la seconde guerre mondiale, ce genre de film à la chaîne que produisait les studios d'Hollywood à une époque ou à une autre. Il sait où il a tiré son plaisir, et il le met, sans se
poser de question. Le cinéma de Tarantino, en fin de compte, est un énorme acte
gratuit cinéphile dont la seule fin c’est que ça fasse plaisir, que ça nous divertisse. Même si ça montre pas quelque chose de très très ragoûtant.